Citations sur le matérialisme dialectique

J'ai d"abord tapé ces citations sur wikiquote. Je les ai déménagées sur wikirouge suite à la suppressionite aigüe par un gardien des bonnes mœurs qui a rejeté l'énoncé des principes dialectiques par Évariste Sanchez-Palencia. 

J'ai rajouté deux chapitres sur les citations du livre de Charbonnat pour l'Histoire et un chapitre Principe pour qu'il y ai une consilience avec la Bibliographie sur le matérialisme dialectique.

« Tu dois désapprendre
 tout ce que tu as appris. »

Yoda

« Un Jedi doit avoir l'engagement le plus profond, l'esprit le plus sérieux. »

Le matérialisme dialectique ou la dialectique matérialiste est une conception philosophique générale du monde réel englobant la nature et l'histoire. La méthode scientifique qui résulte de la pensée dialectique matérialiste est la méthode du passage de l'abstrait au concret qui a été utilisé par Karl Marx dans l'étude de la société capitaliste du XIX. C'est une extension du matérialisme historique (histoire et homme/travail) qui permet d'étudier scientifiquement une société dans son environnement global. Cette extension de la dialectique aux phénomènes naturels sera le plus vivement critiquée par les philosophes comme Jean-Paul Sartre entre nombreux autres. Quelques scientifiques seulement useront de ce mode de pensée dialectique dans leurs recherches, comme Alexandre Zinoviev en logique, J.B.S. Haldane et Richard C. Lewontin en génétique, Stephen Jay Gould en paléontologie, Paul Langevin et Eftýchios Bitsákis en physique, Lev Vygotski et Henri Wallon en psychologie. Patrick Tort découvre que c'est également la conception de Charles Darwin à travers La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe en 1871.

Mot clés : Abstraction, abstraire, contradiction, dialectique, matérialisme, science, ...

Lien annexe : Bibliographie sur le matérialisme dialectique

Sommaire

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  • Histoire des philosophies matérialistes
  • Principe
    • Bertell Ollman
    • Évariste Sanchez-Palencia
      • La Dialectique mise en œuvre, 2005
  • La fondation
    • Karl Marx
    • Friedrich Engels
  • La défense du matérialisme dialectique
    • Paul Lafargue
    • Émile Jalley
  • Le renouveau du matérialisme dialectique
    • Henri Wallon
      • Pour une encyclopédie dialectique, 1945
      • Articles
    • J.B.S. Haldane
    • Paul Langevin
    • Jean Piaget
    • Richard C. Lewontin
      • Nous ne sommes pas programmés, 1985
      • La triple hélice : Les gènes, l'organisme, l'environnement, 2003
      • Autres
    • Alexandre Zinoviev
      • Les confessions d'un homme en trop, 1991
      • L'Occidentisme - Essai sur le triomphe d'une idéologie, 1996
      • La suprasociété globale et le Russie, 2000
    • Stephen Jay Gould
      • Une hérisson dans la tempête, 1994
      • Le livre de la vie, 1993
      • ...
    • Eftýchios Bitsákis
      • La nature dans la pensée dialectique, 2001

Histoire de la philo mat Charbonnat

Histoire des philosophies matérialistes

(Pascal Charbonnat, Syllepse, 2007)


p391 - Deux types d'engagement politique : « Deux mouvements contestataires, libéral et socialiste, constituent un milieu favorable à l'émergence d'idée philosophiques radicales. Selon des motifs différents, ils affrontent les autorités politiques et économiques en place. Dans leur désir de renverser l'ordre établi, soit dans le système politique, soit dans les rapports sociaux, les plus déterminés d'entre eux adoptent un point de vue strict de l'immanentisme. Dans le prolongement de leur engagement politique, ls pourchassent la transcendance sous toutes ses formes. Deux nvlles tendances matérialiste voient donc le jour au 19 siècle, dans le feu de la bataille pour la liberté politique et pour l'émancipation sociale. »

p394 - Les deux sens du mot "matérialisme" : « La seconde tendance matérialiste, apparue avec le dév des idées socialistes, s'exprime pour la première fois chez M et E. Leurs définition du matérialisme est diff de celle de Büchner. Elle s'inscrit dans l'opposition à "l'idéalisme" comme l'explique Engels en 1886 dans son Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande : (longue citation d'Engels) : La question du rapport de la pensée à l'être, de l'esprit à la nature ... (jusquà) Nous verrons plus loin quelle confusion en résulte si l'on y fait entrer quelque chose d'autre (Marx & Engels 1961 (1886):25-26)) (fin de citation). Ds ce passage, E expose comment la question de l'origine est, là aussi, le critère déterminant pour définir le matérialisme. »

p395 - Les deux sens du mot "matérialisme" : « Idéalisme et spiritualisme expriment donc deux facette de la transcendance : le premier fait découler l'être de la pensé, tandis que le second rend une entité fictive responsable de la production de l'être. Cette distinction permet de comprendre la différence sémantique entre les deux Matérialismes. Pour le courant de Büchner, le matérialisme est un principe qui protège la connaissance des entités fictives; c'est pour cela qu'il le définit aussi comme "réalisme". Pour M et E, le matérialisme consiste à soumettre, autant que possible, la pensée subjective à l'être objectif. Dans les deux cas, il s'agit d'établir l'autosuffisance de l'être, càd l'immanentisme, mais selon des modalités différentes. Le premier s'inscrit dans la tradition Epicure, selon laquelle le conflit entre l'être et le non-être est premier, alors que le second innove, en montrant que l'invention du non-être (les entités fictives) est dû à l'aveuglement de la pensée sur sa véritable place dans la nature. »

p398 - Le matérialisme et la dialectique : « A partir de leur théorie du devenir historique et des rapports de production (le matérialisme historique), M et E produisent une philo matérialiste entièrement nouvelle. Elle ne se confond pas avec la conception matérialiste de l'histoire, qui a pour objet le mouvement des sociétés humaines. Le MD est une extension philosophique du travail pour comprendre la sociétéde manière scientifique. La philosophie marxiste n'est donc qu'une généralisation rendue possible par la découverte des lois du développement historique. Le problème de l'origine est envisagée de façon inédite. »

p398 - Le matérialisme et la dialectique : « La société et son histoire ont une nature singulière, qui échappe aux concepts des sciences de la nature. Le phénomène social nécessite une méthode et des notions propres, irréductible à tout autre ordre d'explication. E justifie cette apréciation : "La différence essentielle entre la société humaine et la société animale est que les animaux qu mieux collectent, tandis que les hommes produisent. Cette différence, unique,mais capitale, interdit à elle seule de transposer les lois des sociétés animales purement et simplement dans celles des hommes" L'origine sociale de l'homme relève donc d'un traitement séparé de son origine biologique. »

p399 - Le matérialisme et la dialectique : « L'enjeu est de réconcilier la divergence discursive, ou méthodologique, apparu entre des choses qui appartiennent pourtant au même monde. C'est en renversant la dialectique hégélienne, selon l'expression de M et E, qu'une synthèse est possible. Tous les phénomènes sont unis par leur caractère dialectique, c'est à dire par leur tendance incessante au changement. »

p399 - Le matérialisme et la dialectique : « Les évolutionnistes réduisent l'évolution au seul progrès quantitatif, en le caractérisant comme un "développement lent et graduel'. Au contraire, M et E conçoivent l'accumulation quantitative comme un moment de l'évolution; elle débouche nécessairement sur un changement qualitatif qui ruine l'identité de l'état précédent. [...]. Ce saut qualitatif, et les autres lois de la dialectique hégélienne que M et E s'approprient, permet de concevoir la totalité du mouvement. Selon leur prpre expression, il remettent Hegel "sur ses pieds", càd qu'ils partent d'une investigation des faits et des matériaux réels pour établir l'exposé du mouvement des choses, ou le "concret pensé". A l'inverse,l'idéalisme dialectique plaque un système logique sur le réel, au risque de faire entrer celle-ci de force dans le moule forgé par l'esprit. Le MD intègre la contradiction dans le mouvement réel, et conçoit l'évolution à la fois dans la continuité et dans discontinuité. »

p400 - Le matérialisme et la dialectique : Le matérialisme et la dialectique : « En posant la question de l'origine spécifiquement sociale de l'homme et en traitant la société par elle-même, M et E montrent que la chaîne qui relie chaque phénomène n'est pas linéaire, mais constituée de crise et de négations. C'est pourquoi ils qualifient le matérialisme de "vulgaire", car il réduit tout objet à l'ordre physico-biologique. L'immanentisme dialectique se fonde donc, non seulement sur la conscience du changement permanent, mais aussi sur la perception des contradictions, ou des discontinuités, qui en résultent. »

p462 - La conception matérialiste achevé : « L'antithèse entre le matérialisme et l'idéalisme est donc formulé dès 1845. L'adversaire du philosophe matérialiste n'est plus seulement le spiritualiste, qui postule l'existence d'entités fictives, mais l'idéaliste, qui érige la fiction en mode de connaissance. L'idéalisme regroupe l'ensemble des partisans de la transcendance qui, sous une forme ou une autre, donnent aux concepts une vie autonome. Il s'étend de la théologie à la philosophie, des métaphysiciens au penseurs critiques, tels que Bribo Bauer ou Max Stiner. Ces derniers [...] sont condamnés à l'impuissance parce qu'ils la provoquent sur son propre terrain, avec des armes dont elle est l'experte. Le matérialisme de M et E installe l'immanence dans la société et l'histoire. Après s'être libéré du créateur surnaturel, l'homme doit rejeter la transcendance de son mode d'existence particulier. Il ne tire pas la spécificité de son être des représentations qu'il s'en fait, mais du contenu déterminé de cet être, càd de la façon dont il produit les ressources nécessaires à celui-ci. Cette origine pratique et sociale de l'homme fait comprendre les idées les plus éthérées. Les représentations mentales descendent sur la terre; la conscience de leur dépendance à l'égard de la réalité concrète signifie leur reconciliation avec l'homme en chair et en os. »

p462 - La dialectique matérialiste : « La conception matérialiste exposée en 1845 s'accompagne déjà de la méthode dialectique. Elle n'est qu'implicite dans L'Idéologie allemande, car l'objectif premier de ce texte est de résoudre le conflit entre la pensée et l'être. [...]. L'expression "MD", ou ce qui revient au même, DM, n'apparait pour la première fois qu'en 1886 dans le Ludwig Fuerbag d'Engels. Immédiatement reprise par Dietzen en 1887, dans ses Intrusions d'un socialiste dans la region de la connaissance [...]. L'apparition tardive de cette dénomination ne doit pas laisser croire que son contenu est apparu en même temps qu'elle, Là aussi la matière a préexisté à la forme. »

p463 - La dialectique matérialiste : « Marx évoque le contenu dialectique de sa méthode à la fin de la postface de la seconde édition allemande (1873) du Capital. il n'a pas eu le temps de mener à bien son projet d'écrire une "Dialectique", càd d'exposer le noyau rationnel" de la dialectique hégélienne (note 50 : Dans la lettre à Engels du 14 janvier 1858, d'après Maximilen Rubel, (in Marx 1963: t1, 1634); ou dans une lettre à Dietzen du 9 mai 1868.) C'est à Engels que l'on doit des développements plus important sur ce sujet, notamment dans sa Dialectique de la nature. »

p463-464 - La dialectique matérialiste : « Différents commentateurs ont cru bon de tracer une ligne de démarcation entre les écrits d'E, sa conception dialectique appliquée à la nature, et l'oeuvre économique de M (note 51). Cette séparatiion est fictive, comme toutes les tentatives de compartimenter leur pensée, et d'imaginer un "Marx philosophique" opposé à un "Marx économiste", lui-même différent du "Marx politique". La correspondance de M et d'E suffit à montrer leur communauté de pensé sur la question de la dialectique et de son rapport avec les sciences de la nature. »

=> note 51 : Et ainsi disqualifier le matérialisme dialectique, ds la mesure où il constitue une conception général englobant la nature et l'histoire. Jean-Paul Sartre, dans sa critique de la raison dialectique (1960), donne une verson classique de ce genre de lecture de Marx. Il instaure une dichotomie entre le matérialisme dialectique et le matérialisme histoirique : le premier n'est qu'une "absurdité métaphysique", car il conçoit la matière comme une réalité de l'homme. Pour Sartre, c'est la subjectivité humaine qui construit l'idée de nature; en soi elle n'est rien. La matière ne pourrait donc être comprise qu'à travers le prisme de l'activité humaine, càd, le MH. cette nvlle forme d'idéalisme tend à réduire le travail des sciences de la nature à un simple anthropocentrisme et ériger, pour celles-là, la praxis humaine à une nvlle transcendance.

p467 - La dialectique mise à l'épreuve : « La méthode dialectique constitue, pour Marx et Engels, la garantie d'une conception matérialiste véritable. Elle les distingue du matérialisme évolutionniste, qualifié de "vulgaire" par Engels, et des philosophes critiques, plus ou moins proches du mouvement ouvrier. En ce sens, le matérialisme dialectique résume les conditions de validités du savoir scientifique. Il expose de façon générale les principes de la connaissance positive du réel. »

p468 - La dialectique mise à l'épreuve : « Comparé au matérialisme dialectique, le matérialisme vulgaire demeure dans la sphère métaphysique, c'est à dire qu'il ne parvient pas a dépasser le principe d'identité, ce qui explique pourquoi il envisage l'évolution sous une forme uniquement graduelle: il ne peut admettre l'existence de la contradiction dans les phénomènes naturels. Les choses se transforment peu à peu, sans renversement, de sorte que le même soit étranger à l'autre. Cette divergence de conception du mouvement évolutif aboutit à un désaccord politique. »

-> Voilà pourquoi encore aujourd'hui les débats sur l'évolution entre les dialecticiens Gould/Lewontin et les évolutionnistes Dawkins/Wilson.

p470 - La dialectique mise à l'épreuve : « Dès sa naissance, le MD dit faire face à différents adversaires. Tous tombent d'accord sur un point, explicitement ou non : la contradiction représente pour eux un non-sens. Elle est ignorés par les ME, ou combattue par Dürhing. Seuls M et E ont intégré et rénové l'héritage hégéliens, et engendre de ce fait une philosophie matérialiste radicalement nouvelle. »

p470 - L'idée et la réalité : « L'innovation principal du matérialisme dialectique réside dans sa nouvelle manière de poser la question de l'origine. La dialectique met la contradiction au cœur du mouvement général de toute choses, tandis que le matérialisme tend à dévoiler les conditions réelles de l'existence des phénomènes. L'alliance des deux incite donc à rechercher la nature conflictuelle de ces conditions et les produits opposées de leurs transformations. Les phénomènes ne dérivent plus tous d'un même ordre de causalité; leur origine réelle est fonctions des différents états qualitatifs du développement de la matière. »

-> On retrouve exactement cela chez Alexandre Zinoviev.

p473 - La connaissance et la vérité : « Le rapport entre le monde matériel et les idées conduit à une conceptions particulières de la vérités et des critères de scientificité d'un discours. La validité de la connaissance se fonde elle aussi sur la réalité. Au lieu de chercher à bâtir un système absolu et éternel, la science doit prendre conscience de sa dépendance à l'égard des matériaux qu'elle travaille, et de sa nature dialectique. A l'opposé du dogmatisme, elle tend à réduire la coupure relative qui la sépare du mouvement réel, donnant ainsi la vérité le caractère d'un développement historique. Le témoignage des sens constitue la seule voie d'accès pour connaître le réel. [...]La chose en soi, mystérieux irréductible à toute expérience, et inaccessible à la raison humaine, n'existe pas. Elle est une notion idéaliste de la philosophie kantienne, qui érige la subjectivité en mode clôt et hermétique. Pour Marx et Engels, la connaissance des différentes qualités d'une chose suffit à saisir l'objectivité, ou l'en soi, de celle-ci. Sujet et objet ne sont donc pas des entités étrangère, mais les termes d'un même mouvement, où l'on se mêle à l'autre et vice-versa. Or, c'est grâce à la praxis, c'est-à-dire à l'activité concrètes du sujet sur l'objet, que l'objectivité d'une chose et de ses propriété parvient à la conscience du sujet. »

p477 - Une philosophie de l'émancipation : « L'immanentisme de Marx et d'Engels a sa source premières dans le combat permanent pour l'émancipation sociale. En effet, leur philosophie n'est, en dernière analyse, que le parti pris intransigeant de la liberté. Cet effort constant pour transformer le monde et en dévoiler les nécessités répond à un besoin essentiel : montrer qu'aucune forme de transcendance n'est inexpugnable. Le fardeau de la domination social n'aura qu'un temps.[...]. Du point de vue du matérialisme dialectique, le problème de la diversité des manifestations de l'être, que le matérialiste évolutionniste a passé sous silence. Les choses puisent leur différences, ou leur déterminations, non pas dans une transcendance, mais dans le développement de leurs contradictions au sein d'un même mouvement. L'homme peut alors réconcilier son origine animal à son origine sociale, sans être contraint de nier l'une des deux, ou de réduire la second à la première. »

-> cf Gould, Lewontin, Pannekoek, Tort, Darwin

p477 - Une philosophie de l'émancipation : « La philosophie de Marx et Engels est donc inséparable de leur conception matérialiste de l'histoire, qui expose comment la production des moyens d'existence a bouleversé la place de l'homme dans la nature. Cette philosophie répond ainsi à la question de l'origine, après que la conception matérialiste de l'histoire ait résolue le problème du commencent réel de l'humanité. Autrement dit, la science historique, née de la critique de l'économie politique, donne l'impulsion décisive à la constitution d'une pensée de l'immanentisme chez Marx et Engels, tout comme les sciences de la nature ont été un support essentiel dans l'élaboration du matérialisme évolutionniste. »

p546 - Le succès en devenir du matérialisme : « L'état d'avancement de la dialectique et de l'origine est inégal sur l'ensemble du 20 siècle. D'un point de vue de l'homme social et historique, la question a stagné, voire régressé, en raison du stalinisme et du recul du mouvement ouvruer. Les termes du problème de l'origine et du commencement de l'homme social demeurent les mêmes que ceix posés par M et E, pour ceux qui s'inscrivent ds un démarche matérialiste. Le mD est confronté à la question de survie. Peut-il dépasser la négation stalinienne en la niant à son tour réellement et efficacement ? La solution ne peut venir que du renouveau des luttes sociales et politique. »

p547 - Le succès en devenir du matérialisme : « Les courants matérialistes du 20 siècle offrent ce visage d'une double négation; chacun semble achever sa disparition, mais est en réalité dans l'attente de l'épreuve des faits. L'un dépend du cours historique pour renaître et quitter l'état d'inertue léguée par le stalinisme. L'autre montre la gardes autour des sciences de la nature, et espère qu'un jour il ne sera plus qu'une redondance inutile. »

p547 - Le succès en devenir du matérialisme : « L'appellation "matérialisme" y est utilisée est revendiquée comme jamais dans toute l'histoire de la philosophie. Mais, c'est pr en faire principalement une révision de ce qu'elle a été dans la clandestinité. Autrement dit,le succès du matérialisme au 20 siècle a conduit à l'adjonction d'une entité étrangère au sein même de l'immanentisme. Juste après l'avoir formulée, le matérialisme fait ainsi lui-même l'expérience de la négation. »

Principe

Bertell Ollman

Bertell Ollman

=> Ollman, B (2005). La Dialectique mise en œuvre, Le processus d'abstraction dans la méthode de Marx. éd. Syllepse. (« enregistrer la cible du lien sous ») :

[1] _ Généralité (p. 15) :

En général, la recherche non-dialectique part d’une petite partie et en établit les connexions en vue de reconstruire le tout plus large. A l’inverse, la recherche dialectique commence par le tout, le système ou autant de celui-ci que l’on comprend à ce stade, pour ensuite examiner la partie afin de voir comment elle s’imbrique et comment elle fonctionne, ceci menant éventuellement à une compréhension du tout plus complète qu’au point de départ.

[2]_ La Ruse de Cacus (p. 24) :

Le problème principal dont traite la dialectique ressort clairement du commentaire par Marx du mythe romain de Cacus (5). Mi-homme, mi-démon, Cacus vivait dans une caverne et ne sortait que la nuit pour voler des boeufs. Pour tromper ses poursuivants, il forçait les animaux à entrer à reculons dans son repaire pour que leurs empreintes donnent l’impression qu’ils en étaient sortis.

* Sens direct et Mesure a priori

Le lendemain matin, à la recherche de leurs bœufs, les propriétaires ne trouvaient que leurs empreintes. D’après l’apparence immédiate de celles-ci, force leur était de conclure que leurs animaux étaient partis de la caverne pour aller au milieu du champ et qu’ils avaient ensuite disparus.

Si les propriétaires de ces bœufs avaient suivi un cours de méthodologie dans une université américaine, ils auraient probablement compté les empreintes et mesuré avec soin la profondeur de chacune d’elles, mais ils seraient arrivés à la même conclusion.

* La tromperie des sens et de la mesure

Le problème vient ici du fait que la réalité ne se réduit pas aux apparences, et qu’à s’en tenir aux apparences, à ce qui nous frappe immédiatement et directement, on peut se fourvoyer.

L’erreur mise en scène dans ce récit est-elle courante ? Selon Marx, loin d’être une exception, elle est typique de la manière dont la plupart des gens appréhendent la réalité dans notre société. S’appuyant sur ce qu’ils voient, entendent et heurtent dans leur
environnement immédiat - empreintes de toutes sortes -, ils en tirent des conclusions qui sont dans bien des cas à l’exact opposé de la vérité. La majorité des déformations associées à l’idéologie bourgeoise sont de cette sorte. (6)

  • Citation choisie citation du jour pour le 8 juin 2011 sur wikipédia


* Solutions et difficultés

Pour saisir le sens réel des empreintes, les propriétaires des bœufs avaient à découvrir ce qui était arrivé la nuit précédente et ce qui s’était passé dans l’antre situé juste au-dessus de leur horizon.

De même, comprendre un élément de notre expérience quotidienne exige de savoir comment il est apparu et s’est développé, et comment il s’insère dans le contexte ou le système plus large dont il fait partie. Avoir conscience de cela n’est cependant pas suffisant. Car rien n’est plus facile que de retomber dans des appréciations étroitement focalisées sur les apparences.

Après tout, peu de gens nieraient que tout dans le monde change et interagit à une certaine vitesse et d’une manière ou d’une autre, que l’histoire et les connexions systémiques appartiennent au monde réel. La difficulté a toujours été de trouver le moyen de penser tout cela de façon adéquate, sans en déformer les processus et en leur donnant l’attention et le poids qu’ils méritent.

* La rôle de la dialectique : la mise en œuvre de l'abstraction

La dialectique cherche à surmonter cette difficulté en élargissant notre idée des choses pour y inclure, comme aspects de ce qu’elles sont, à la fois le processus par lequel elles sont devenues ce qu’elles sont, et les interactions dans lesquelles elles se trouvent. De cette façon l’étude de toute chose induit l’étude de son histoire et du système qui l’inclut.

La dialectique restructure notre pensée de la réalité en remplaçant notre notion de « chose » issue du sens commun, selon lequel une chose a une histoire et a des relations externes avec d’autres choses, par les notions de « processus », qui contient sa propre histoire et ses futurs possibles, et de « relation », qui contient comme partie intégrante de ce qu’elle est ses liens avec d’autres relations. Rien n’a été ajouté ici qui n’existât déjà. Il s’agit plutôt de décider où et comment tracer les frontières, et d’établir les unités dans lesquelles on puisse penser le monde (c’est ce qu’on appelle, en terme dialectique, « abstraire »).

[3]_ Ce qu'est la dialectique (p. 24) :

La dialectique N'est PAS :

* cette triade d'airain thèse-antithèse-synthèse censée tout expliquer. 

* Une formule apte à prouver ou à prédire quoi que ce soit. La force motrice de l'histoire.

La dialectique NE

* explique RIEN ;

* prouve RIEN; 

* prédit RIEN; 

* est la cause de RIEN. 

La dialectique est plutôt une façon de penser qui oriente notre attention sur toute la palette des changements et interactions possibles qui s'exercent dans la réalité. Elle inclut également une manière d’organiser la réalité observée dans le but de l’étudier et une façon de présenter les résultats obtenus aux autres, la grande majorité desquels ne pensent pas dialectiquement. »

  • La Dialectique mise en œuvre, Le processus d'abstraction dans la méthode de Marx, Bertell Ollman, éd. Syllepse, 2005, p. 26

SanchezPalencia

Évariste Sanchez-Palencia

=> Sanchez-Palencia, É. (2012). Promenade dialectique dans les sciences. éd. Hermann.

1_ Partie : introduction 

Il est utile de considéré la contradiction comme l'opposition de tendance (antagonisme) entre les éléments impliqués dans un processus évolutif (et non comme impossibilité logique), ce qui donne lieu à l'un des principe de la dialectique, la « force créatrice de la contradiction ». (p. 6)

« la dialectique n'est pas une logique avec des lois strictes, mais un cadre général dans lequel s'inscrivent les phénomènes évolutifs ». (p. 7)


2_ Partie : « Quelques remarques sur causalité et finalisme », p. 146


...il est souvent possible, à partir de certains faits, d'en construire une explication causale ad hoc, parfaitement cohérente avec ces faits. Le caractère arbitraire et subjectif de ces explications n'apparaît qu'à l'épreuve objective d'autres faits, qui mettent en évidence leur manque de généralité et surtout de pouvoir prédictif.

Parfois malheureusement, des dogmatismes entachent l'activité scientifique, la détournant de sa vrai nature, qui est critique et autocritique : Ce sont les imperfections de la science d'aujourd'hui qui constituent sa vitalité en nous donnant l'assurance d'une évolution fructueuse.


3_ Partie : « Pragmatique et dialectique » , p. 271


« À la rigueur, ce contenu [dialectique] est changeant avec le progrès des sciences, car en un certains sens, ce contenu est la science elle-même. »

« Voici l'énoncé de ces principes, essentiellement dus à F. Engels (1878), sous la forme donnée par J.M Brohm (2003):

  1.  Mouvement et transformation.
  2.  L'action réciproque (ou interdépendance, dite aussi unité dialectique)
  3.  La contradiction, force créatrice
  4.  Le passage du quantitatif au qualitatif (bonds et ruptures).
  5.  La négation de la négation : thèse, antithèse et synthèse (ou principe du développement en spirale).

Notons que Georges Politzer (1936) regroupe les principes 3 et 5 en un seul. Cela ne présente aucun inconvénient, puisque le contenu des principes n'a pas encore été défini. Qui plus est, l'évolution de nos connaissance scientifiques conduit à une révision permanente du contenu de ces principes. C'est ainsi que [...], pour les phénomènes faisant intervenir l'évolution d'au mois trois agents, un nouveau principe, « des comportements erratiques sur l'attracteur » mettant en œuvre des découvertes (le chaos déterministe) datant seulement d'une trentaine d'années, et donc totalement inconnues d'Engels ou de Politzer.

Nous [voyons], lors de la description de ces principes [dialectiques]..., qu'il ne s'agit nullement de lois déterministes précises comme celle de la gravitation, mais des tendances générales, sorte de cadre où s'inscrivent des lois plus précises et particulières ou les phénomènes eux-même. »

La fondation

Karl Marx

Karl Marx

Dans sa forme mystifiée, la dialectique devint une mode allemande, parce qu'elle semblait glorifier l'état de choses existant. Mais dans sa configuration rationnelle, elle est un scandale et une abomination pour les bourgeois et leurs porte-parole doctrinaires, parce que dans l'intelligence positive de l'état de choses existant, elle inclut du même coup l'intelligence de sa négation, de sa destruction nécessaire, parce qu'elle saisit toute forme faite dans le flux du mouvement et donc aussi sous son aspect périssable, parce que rien ne peut lui en imposer, parce qu'elle est dans son essence, critique et révolutionnaire

  • Le Capital, Livre I, Karl Marx, éd. PUF, 1993, p. 17

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Friedrich Engels

« La conception matérialiste de l’histoire et son application particulière à la lutte des classes moderne entre prolétariat et bourgeoisie n’était possible qu’au moyen de la dialectique.

Mais si les maîtres d’école de la bourgeoisie allemande ont noyé les grands philosophes allemands et la dialectique dont ils étaient les représentants dans le bourbier d’un sinistre éclectisme, au point que nous sommes contraints de faire appel aux sciences modernes de la nature pour témoigner de la confirmation de la dialectique dans la réalité – nous, les socialistes allemands sommes fiers de ne pas descendre seulement de Saint-simon, de Fourier et d’Owen, mais aussi de Kant, de Fichte et de Hegel »

  • Engels, F. (21 sept. 1882). Préface à la 1ère éd. allemande de Socialisme utopique et socialisme scientifique [Le développement du socialisme de l’utopie à la science], trad. fr. E. Botigelli, Paris, éd. sociales, 1977 p. 12/13

« La dialectique dite objective règne dans toute la nature, et la dialectique dite subjective, la pensée dialectique, ne fait que refléter le règne, dans la nature entière, du mouvement par opposition des contraires qui, par leur conflit constant et leur conversion finale l’un en l’autre ou en des formes supérieures, conditionnent précisément la vie de la nature »

  • Engels, F. (1968), Dialectique de la nature, traduction de E. Bottigeli. Editions sociales, Paris.

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Joseph Dietzgen

PETITS ÉCRITS PHILOSOPHIQUES :

1_ Le socialisme scientifique, 1873

* Le socialisme scientifique in Joseph Dietzgen (1973), « L'essence du travail intellectuel - écrit philosophique annotés par Lénine » (p. 113-116). Paris, édition François Maspero..

« Le socialisme moderne est 'scientifique'. De même que la science de la nature ne tire pas ses thèses de l'esprit, mais de l'observation sensible de la réalité matérielle, de même les doctrines socialistes et communistes contemporaines ne constituent pas des projets mais des connaissances de faits existant effectivement. » (p. 113)

2_ Incursion d'un socialiste dans la région de la connaissance, 1887

* In Joseph Dietzgen (1973), « L'essence du travail intellectuel - écrit philosophique annotés par Lénine » (p. 175-121). Paris, édition François Maspero.

« Bien que nous ne devions pas être les esclaves de la Nature, pourtant nous devons nécessairement la servir. La connaissance ne peut créer pour nous que la liberté 'possible' qui est aussi la seul rationnelle... » (p. 179)

« Pour avancer dans la connaissance de la nature de la vérité absolue, il faut tout surmonter le préjuger profondément enraciné selon lequel cette dernière serait de 'nature' intellectuelle.» (p. 184)

« Par nature la vérité absolue n'a pas le particulier, mais plutôt l'universel. Ou bien, pour éviter toute mystification : la nature naturelle universelle et la vérité absolue sont identiques. Il n'y a pas deux natures, l'une spirituelle, l'autre corporelle : Il n'y a qu'une nature qui comprend tous les esprits et tous les corps.» (p.184)

La défense

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Paul Lafargue

Un idéaliste typique [...] ne se doute même pas que Marx, disciple de Hegel, était convaincu du développement dialectique des principes prétendus immuables, qu'il avait dépassé son maître et montré comment l'apparition et la transformation de ces principes dans le cerveau humain étaient étroitement liées au développement des rapports économiques. Mais [...] affirme que la nouvelle organisation sociale reposera sur les principes immuables de la justice et des droits reconnus et rendus à chacun ! Prenant pour modèle Karl Marx. [...] Or, Marx était fermement convaincu qu'il est vain de vouloir monter de toutes pièces une société, de même qu'il est impossible de créer un animal : ce sont les rapports économiques qui créent et développent les formes sociales qui y correspondent.

  • "L'Argent" de Zola (1891-1892), Paul Lafargue, éd. Sociales Internationales, 1936, p. 160 in Paul Lafargue - Critiques Littéraires

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Émile Jalley


« La dialectique, c’est quoi ? C’est la capacité d’argumenter selon les opposés, c’est l’esprit critique, tout simplement, dont le travail consiste d’abord toujours à repérer les contradictions. »

« La philosophie de ce jour est bien rapetissée, domestique, castrée, de même que le débat public est amputé de toute capacité dialectique »

  • Jalley, É (2015). La réforme du collège - Sauver l'école, une question de vie ou de mort. éd. L'Harmattan, 2015, p. 38

Le renouveau du matérialisme dialectique

Henri Wallon

Henri Wallon

Articles

Sans dialectique dans le monde, il n'y aurait pas de dialectique dans la pensée. Il faut bien que la pensée du monde soit inscrite par le monde dans la pensée.

  • in Émile Jalley : Wallon et Piaget pour une critique de la psychologie contemporaine, éd. Harmattan, 2013, p. 256-257

Pour une encyclopédie dialectique, 1945

La société doit être explicable comme la nature, et comme la nature, elle devrait être scientifiquement transformable.

  • Psychologie et dialectique - écrits de 1926 à 1961, Henri Wallon, éd. Messidon, 1990, partie Pour une encyclopédie dialectique, p. 121

Il faut choisir entre l'éclectisme et la dialectique. Au lieu de juxtaposer, de contaminer, de brouiller entre elles les contradictions qui peuvent-être dans les idées et dans les choses, il convient de les reconnaître, de les pousser à leur dernier degré de précision; de chercher comment la vérité s'en accommode, comment elles se résolvent dans la réalité.

Car c'est un fait que la réalité existe et c'est un fait qu'elle est le résultat de forces qui s'affrontent et dont elle traduit l'équilibre du moment.

  • Psychologie et dialectique - écrits de 1926 à 1961, Henri Wallon, éd. Messidon, 1990, partie Pour une encyclopédie dialectique, p. 124

La connaissance procède de l'action sur les choses avant de la guider. Puis c'est entre les deux un perpétuel devancement réciproque.

Ainsi s'emboitent l'autre dans l'autre les science de la nature et les sciences de l'homme. Elles sont complémentaires.

  • Psychologie et dialectique - écrits de 1926 à 1961, Henri Wallon, éd. Messidon, 1990, partie Pour une encyclopédie dialectique, p. 126

JBS Haldane

J.B.S. Haldane

Daily Worker, 1949

  • Haldane, J.B.S (1949). Darwin on slavery. éd. Daily Worker (14 nov 1949). in M. Prum (2005), L'un sans l'autre : Racisme et eugénisme dans l'aire anglophone (p.109). L'Harmattan.

Je pense que le monde serait bien plus ennuyeux s'il n'y avait pas de différences dans les possibilités innées entre individus ou groupes d'individus […]. Le dogme de l'égalité humaine ne fait pas partie du communisme. La formule de "chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins", ne voudrait rien dire si les compétences étaient égales.

Rationalist Annual, 1940

  • Haldane, J.B.S. (1940). Rationalist Annual. inSimon Gouz (2012), Biologie, philosophie et marxisme. Textes choisis d’un biologiste atypique. éd. Éditions Matériologiques.

Quand je dis « je crois », je n’entends pas ces mots au sens en lequel un chrétien fervent les utilise […]. J’entends le sens ordinaire […]. C’est-à-dire que j’agis, et propose d’agir, sur la base de l’idée que le matérialisme est vrai. Mais je suis prêt à examiner des preuves du contraire. Et je ne suis certainement ni choqué ni énervé que l’on critique ou doute de la vérité du matérialisme. (p. 77)

En pratique j’ai constaté que les matérialistes affichés sont en général moins égoïstes que ceux qui professent leur idéalisme. Car l’idéalisme est un outil particulièrement utile pour nous permettre d’accepter le malheur des autres, et en particulier leur pauvreté. (p. 78)

La nature est dans un état de flux permanent – en fait, elle est constituée de processus et non de choses. (p. 81)

Lorsque nous trouvons des « contradictions internes » dans nos conceptions des choses, notre esprit reflète la nature. Mais ces contradictions internes ne signifient pas que la nature est irrationnelle. Elles signifient qu’elle est instable. (p. 81)

La nature est probablement infinie, certainement trop étendue pour que nous la saisissions entièrement. Donc notre explication de n’importe quel phénomène matériel est une simplification. Nous pensons naturellement aux choses comme étant nettement délimitées, et dès lors tendons à exagérer leur stabilité. Cependant, plus nous étudions la nature, plus nous voyons que ce qui est apparemment stable se révèle être le champ de bataille de tendances opposées. (p. 81)

Leur vérité ou non dépend de la signification des symboles. C’est un problème social. Un énoncé n’est vrai que tant que quelqu’un le comprend. Après quoi, il est dénué de sens. (p. 83-84)

Si nous adoptons le point de vue selon lequel un énoncé est vrai dans la mesure où il appelle des images mentales qui correspondent à la réalité, et utile dans la mesure où il incite à agir de manière appropriée à la situation réelle, nous sortons de la métaphysique et sommes confrontés à des problèmes concernant l’activité du cerveau, l’histoire du langage, et la manière dont nous apprenons le langage dans l’enfance, qui ne peuvent pas être résolus par la pensée pure, mais seulement par l’étude du monde réel.


C’est pour de telles raisons que je trouve le matérialisme satisfaisant intellectuellement. (p. 85 ?)

Mais [la société] fonctionne très mal. Alors nous allons probablement avoir une période difficile dans l’avenir immédiat, quoi qu’il arrive. Et comme je souhaite qu’une société rationnelle émerge des problèmes actuels, je suis non seulement un matérialiste moi-même, mais je fais ce que je peux pour que les autres soient matérialistes. (p. 85 ?)

Science and Society, 1937

  • Haldane, J.B.S (1937). A Dialectical Account of Evolution (p.473-485). Science and Society (vol.1, n°4). in Simon Gouz, Biologie, philosophie et marxisme. Textes choisis d’un biologiste atypique. éd. Éditions Matériologiques, 2012, p. 56

Assez naturellement, les biologistes pour lesquelles le matérialisme dialectique ne signifie rien, ou bien signifie une arme de l’abominable Marx, ne peuvent pas comprendre comment des mutations délétères peuvent être une condition du progrès évolutif. Du coup, ils leur dénient toute importance.

Ce processus dialectique est appelé « mutation » et mène à des variations héritables au sein d’une espèce. Si nous ne la regardons pas dialectiquement, nous pouvons la décréter soit pathologique soit progressive. En fait, elle constitue une union de ces deux termes opposés.

Paul Langevin

Paul Langevin

Je veux dire que plus je m'instruis, plus je me sens communiste.

  • Discours à la conférence du PCF de Gennevilliers (1938).
  • In La nature dans la pensée dialectique, Eftýchios Bitsákis, éd. L'Harmattan, 2001, p. 333

La notion d'un objet isolable, c'est quelque chose qui, au fond, est singulièrement abstrait. C'est une synthèse accomplie depuis longtemps par nos ancêtres, contre un grand nombre d'apparences et de sensations diverses et même parfois contradictoires, les unes tactiles, les autres visuels, les une individuelles, les autres collectives. Grâce à cette notion de l'objet, non seulement nous groupons, nous synthétisons nos expériences individuelles, mais encore nous pouvons communiquer les unes avec les autres et confronter, humaniser nos représentations.

  • Langevin, P (1944). La Notion de Corpuscules et d'Atomes (p.44-46). Hermann, Paris.
  • In La nature dans la pensée dialectique, Eftýchios Bitsákis, éd. L'Harmattan, 2001, p. 293

Il y a une véritable construction qui a été abstraite au début, et qui s'est colorée de concret à mesure que nous nous le servions. Le concret est l'abstrait rendu familier par l'usage.

  • P. Langevin. La Notion de Corpuscules et d'Atomes. Hermann, Paris, 1934, p.44-46.
  • In La nature dans la pensée dialectique, Eftýchios Bitsákis, éd. L'Harmattan, 2001, p. 294

C'est à travers une série continue de contradictions et d'oppositions entre l'expérience et la théorie que (la connaissance) trouve les conditions nécessaires de son développement. Un caractère essentiel de la période actuelle est que les conflits de ce genre deviennent plus aigus et les progrès plus rapides à mesure que les ressources dont disposent l'expérience et la théorie deviennent de plus en plus puissantes, en raison même des progrès accomplis

  • Langevin, P. (????). « L'orientation actuelle des sciences », La Pensée et l'Action, p.92.
  • In La nature dans la pensée dialectique, Eftýchios Bitsákis, éd. L'Harmattan, 2001, p. 336

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Jean Piaget

La nature d'une réalité vivante n'est révélée ni par ses seuls stades initiaux ni par ses stades terminaux, mais par le processus même de ses transformations.

Aucune connaissance n'est due aux seules perceptions, car celles-ci sont toujours dirigées et encadrées par des schèmes d'actions. La connaissance procède donc de l'action, et toute action qui se répète ou se généralise par application à des nouveaux objets engendre par cela même un « scheme », c'est-à-dire une sorte de concept praxique. La liaison fondamentale constitutive de toute connaissance est donc l' « assimilation » des objets à des schemes de ce sujet.

  • Piaget J. (1979), La psychogenèse des connaissances et sa signification épistémologique, in Centre Royaumont pour une science de l'homme. Théories du Langage, Théories de l'apprentissage, Paris, Seuil. (cité parJ. Perrin, 1995, p. 585)

... dans la mesure où l'on s'attache à la structure en dévalorisant la genèse, l'histoire et la fonction, quand ce n'est pas l'activité même du sujet, il va de soi que l'on rentre en conflit avec la tendances centrales de la pensée dialectique.

Il est donc naturel, et fort instructif pour nous de voir Lévi-Strauss consacrer presque tout le dernier chapitre de 'La pensée sauvage' à une discussion de la Critique de la raison dialectique de J.-P. Sartre ; un examen de ce débat nous paraît d'autant plus indiqué ici que l'un et l'autre de ses protagonistes nous semblent avoir publié ce fait fondamental que sur le terrain des sciences elles-mêmes le structuralisme a toujours été solidaire d'un constructivisme auquel on ne saurait refuser le caractère dialectique avec ses signes distinctifs de développements historiques, d'opposition des contraires et de "dépassements", sans parler de l'idée de totalité commune aux tendances dialectiques autant que structuralistes.

  • Le structuralisme., Jean Piaget, éd. PUF, 2015 (1ère éd. 1968), p. 105-106

Richard Lewontin

Richard C. Lewontin

Nous ne sommes pas programmés, 1985

Les explications dialectiques cherchent à rendre compte de l'univers matériel d'une façon cohérente, unitaire, mais non réductionniste. Pour la dialectique, l'univers est unitaire, mais en changement constant; les phénomènes observables à tout instant font partie de processus, processus qui ont une histoire et un futur, dont les voies ne sont pas uniquement déterminés par leurs unités constitutives. Les "touts" sont composés d'unités dont on peut décrire les propriétés, mais l'interaction de ces unités, lors de la constitution des "touts", engendre des complexités qui font que les produits obtenus sont qualitativement différents des parties constitutives.

  • Nous ne sommes pas programmés, Richard C. Lewontin, Steven Rose, Léon J. Kamin, éd. La Découverte, 1985, p. 28-29

La triple hélice : Les gènes, l'organisme, l'environnement, 2003

De même qu'il existe une dialectique entre l'organisme et son environnement, l'un façonnant l'autre, il existe une dialectique entre la méthode et la problématique de la science

  • La Triple hélice : Les gènes, l'organisme, l'environnement, Richard C. Lewontin, éd. Seuil, 2003, p. 147

Articles divers

1_ Les races, 2004 :

Contrairement à l'idée défendue depuis le milieu du XXe siècle, on peut définir scientifiquement des races dans l’espèce humaine. La connaissance du génome humain permet en effet de regrouper les personnes selon les zones géographiques d’où elles sont issues. En revanche, les usages que l’on prétend faire en médecine d’une classification raciale sont sujets à caution.

  • Marcus Feldman, Richard Lewontin, Mary-Claire King, 2004, dans La Recherche, numéro 377, juillet 2004, paru Les races, article paru initalement en 2003 dans la revue Nature, Marcus Feldman, du département de biologie à l’Université de Stanford, Richard Lewontin, du musée de zoologie comparative à l’Université d’Harvard, et Mary-Claire King, du département de génomique et de médecine à l’Université de Washington.

2_ Promesses, promesses, 1995 :

Les sociétés technologiquement avancées n'acceptent plus que les esprits du mal soient considérés comme une explication pertinente de la mort et de la maladie, mais le modèle sous-jacent persiste, qui considère que la vie "normale", est une vie en bonne santé, sans souci réel de la mort, par opposition à la vie maladive considérée comme "anormale"

Le problème, avec la "génomanie" qui pollue maintenant notre vision des maladies et de la mort chez l'homme, est qu'elle confond les causes et les agents

Alexandre Zinoviev

Alexandre Zinoviev

Problems of the Logic of Scientific Knowledge, 1964 

Les nouvelles connaissances des objets d'étude ne viennent pas de l'observation, ni de l'expérimentation (comme cela se passe au niveau empirique), mais des jugements logiques dans le cadre d'une théorie donnée ou nouvellement développées (c'est-à-dire, des groupes spéciaux de concepts et de rapports unis par des règles de la logique)

  • (en) New knowledge [of] the objects of investigation comes not through observation and experiment (as happens on the empirical level) but through logical judgments in the framework of a given or newly developed theory (i.e., special groups of concepts and statements united by rules of logic)
  • in Foundations of the logical theory of scientific knowledge (Complex Logic), Alexandre Zinoviev, éd. Reidel Publishing Company, 1973, partie editorial introduction, p. VIII (citation de la partie Logical and Physical implication, p.91 in Problems of the Logic of Scientific Knowledge (1964))

1_ Dialectique

Les confessions d'un homme en trop, 1991

J'ai toujours été surpris que des gens cultivés et disposant de données factuelles importantes produisent, sur des phénomènes sociaux de grande envergure, des conclusions insignifiantes, superficielles ou déviées au point d'en devenir absurdes.

Les condition de mon existence et les rapports que j'ai entretenus avec mon entourage m'ont obligé à l'exercice inverse : formuler de vaste généralisations fondées sur l'observation d'un nombre limité de "petits" événement.

Avec le temps, j'ai découvert que ces "petits riens" sont justement les fondements du processus historiques et que, d'un point de vue social, les phénomènes apparemment grandioses n'en sont que l'écume. Des notions dialectiques comme l'essence et le phénomène, le contenu et la forme m'ont beaucoup servi.

  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, chap. Modèle de société, p. 195

Il ne s'agit pas, dis-je, de faire comme s'il existait quelque part une logique dialectique toute prête, que nous n'aurions qu'à identifier comme telle. Cette science n'existe pas et l'expression "logique dialectique" possède d'ailleurs plusieurs sens. Il faut poser le problème autrement. Personne ne remet en cause le fait qu'il existe un mode de pensée et une approche dialectique des phénomènes. On emploie dans cette approche des formes que décrit la logique formelle. Mais on recourt également à d'autres moyens qui nous permettent de nous orienter dans une réalité complexe, changeante et contradictoire. Ce sont ces moyens, qui rendent possible la pensée dialectique, qui doivent être pris pour objet d'étude de la logique. Et, il importe peu que nous envisagions cette science comme une logique dialectique particulière ou comme une branche de la logique formelle. Soit dit en passant, ces modes de pensée ont déjà été étudiés par John Stuart Mill, pour ne citer que lui.

  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, p. 316

[...] la méthode dialectique n'est rien d'autre qu'une pensée scientifique dans des conditions où, pour paraphraser Marx, les méthodes d'investigation expérimentale et empirique doivent laisser la place à la force de l'abstraction, à des postulats théoriques et à des déductions appliquées à une interconnexion changeante et complexe de relation et de processus. John Stuart Mill avait déjà tenté de décrire une telle méthode, mais Dieu sait pourquoi on ne l'a jamais rapprochée à la dialectique.

  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, chap. Ma thèse, p. 323

En transformant le marxisme en idéologie officielle, on avait fait de la dialectique non plus un instrument de connaissance des réalités complexes, mais un moyen d'abrutissement et d'escroquerie idéologique.

  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, chap. Ma thèse, p. 324

Toute tentative de décrire la méthode dialectique comme un ensemble de technique logiques (et tel était bien le propos de mon travail) était voué aux gémonies : la philosophie soviétique avait érigé la dialectique en une doctrine des lois générales de l'univers.

  • Les confessions d'un homme en trop, Alexandre Zinoviev, éd. éditions Folio, 1991, chap. Ma thèse, p. 324

L'Occidentisme - Essai sur le triomphe d'une idéologie, 1996

Pourtant, le mépris des chercheurs occidentaux n'est pas rationnellement justifiable. Les phénomènes étudiés hurlent littéralement qu'ils ont lieu non pas en vertu de préceptes politiques, mais selon des lois objectives que l'on qualifiait naguère de dialectiques. On y trouve la lutte des contraires, la division de l'uni et la polarisation des parties, la transformation de phénomène en leur opposé et leur retour, à un nouveau niveau, à leur état ("négation de la négation"), le passage de changements quantitatifs en qualitatifs, etc. Mais les chercheurs, craignant qu'on ne leur reproche de la vénération pour la dialectique font tout ce qu'ils peuvent pour ne pas la remarquer dans leurs objets d'étude. À la place, ils pondent des platitudes saturées de classifications et de définitions "bureaucratiques".

La méthode de pensée dialectique ne se réduit pas aux "lois de la dialectique" connues. Elle inclut un certain nombre de procédés d'expérimentation mentale que Hegel et Marx appelaient la méthode d'ascension de l'abstrait vers le concret. (...) Je suis persuadé que cette méthode pourrait-être très utile à la description de l'occidentisme, mais, à ce jour, Le Capital de Marx reste l'exemple unique de son application.

  • L'Occidentisme - essai sur le triomphe d'une idéologie, Alexandre Zinoviev, éd. Plon, 1996 (ISBN 978-2259-183-178), partie L'idéologie, chap. Antidialectisme de l'idéologie de l'occidentisme, p. 208

La suprasociété globale et le Russie, 2000

Pour décrire un processus historique spontané, il faut faire appel à la dialectique. Pour décrire les processus conscients-volitifs il faut utiliser un autre appareil méthodologique. 

Dans ce cas il est indispensable de savoir ce que sont les plans sociaux (les projets); comment et pourquoi on les décide, comment on les réalise, comment, par quels moyens et selon quelles règles, on pratique la gestion sociale des personnes. 

Ce n'est pas en contradiction avec la dialectique, c'est une autre orientation de l'étude des objets sociaux.

  • La suprasociété globale et le Russie, Alexandre Zinoviev, éd. L'Age d'Homme, 2000 (ISBN 978-2828-113-929), partie Sur la voie de la suprasociété, chap. L'évolution planifiée et dirigée, p. 27

2_ Abstraction

Pour sentir la vie, l'éprouver vraiment, il faut, bien sûr, être dedans. Mais, pour la connaître, il convient avant tout, de s'en éloigner à une distance suffisante. Sinon, tu n'as aucune vision d'ensemble, tu ne peux distinguer ses traits essentiels, sa dynamique, ces visées.

  • La maison jaune, Alexandre Zinoviev, éd. Julliard/L'Age d'Homme, 1990, t. 2, p. 397

D'autres interrogent les faits réels et font des erreurs. De mon côté, j'ignore cette face de la réalité et je me trompe peu. Il y a plusieurs façon de trouver la vérité des choses : pour moi, c'est toujours dans ma tête et dans mon cœur.

  • in The 2012 Alexandre Zinoviev Birthday Book, entrevue d'Alexandre Zinoviev par J.J. Lafaye en 1991 à Munich, éd. blurb, 2012, p. 39

Stephen Jay Gould

Stephen Jay Gould

1_ Dialectique

Un hérisson dans la tempête, 1994

  • Gould, S.-J. (1994). Un hérisson dans la tempête (p. 174). éd. Grasset.

La pensée dialectique devrait être prise plus au sérieux par les occidentaux, et non être écartée sous prétexte que certaines nations de l'autre partie du monde en ont adopté une version figée pour asseoir leur dogme.

Les questions que La dialectique soulève sont, sous une autre forme, les questions de l'opposition entre réductionnisme et holisme qui sont à présent si brûlante dans tous les domaines de la biologie (où les explications réductionnistes ont atteint leurs limites et où, pour progresser, il faudrait de nouvelles approches pour traiter les données existantes, au lieu d'accumuler encore d'avantage de données).

Lorsqu'elle se présente comme les lignes directrices d'une philosophie du changement, et non comme des préceptes dogmatiques que l'on décrète vrais, les trois lois classiques de la dialectique illustrent une vision holistique dans laquelle le changement est une interaction entre les composantes de systèmes complets, et où les composantes elles-mêmes n'existent pas a priori, mais sont à la fois les produits du système et des données que l'on fait entrer dans le système. Ainsi, la loi des "contraires qui s'interpénètrent" témoigne de l'interdépendance absolue des composantes; la "transformation de la quantité en qualité" défend une vision systématique du changement, qui traduit les entrées de données incrémentielles en changement d'état; et "la négation de la négation" décrit la direction donnée à l'histoire, car des systèmes complexes ne peuvent retourner exactement à leurs états antérieurs.

Le livre de la vie, 1993

  • Gould, S.-J. (1993). Le livre de la vie (p. 7). éd. Seuil, 1993

L'interaction de ces deux fonctions - l'empirique, interne et le social, externe - est à la base du changement observé dans l'histoire des science.

... selon le mythe en vigueur, dans notre profession, les changements dans les conceptions ne découlent que du raisonnement, en permanence appliqué à des observation accumulées en quantité toujours croissante. Mais, en réalité, le changement dans les sciences est toujours le résultat du mélange complexe et intriqué du processus d'accroissement des connaissance et de celui de la modification des circonstances sociales.

2_ Abstraction

On ne peut pas s'attaquer de front à la "nature de la vérité", de façon abstraite et générale, sans devenir ennuyeux et pédant

  • Le renard et le hérisson : Pour réconcilier la science et les humanités (?), Stephen Jay Gould, éd. Points, 2012, p. 341

3_ Progrès

Rien n'indique que Picasso représente un progrès par rapport aux artistes de la grotte Chauvet. Je ne pense pas que les capacités de l'homme aient changé depuis 30 000 ans. Les techniques ont changé, mais nous sommes fondamentalement les mêmes.

  • « Interview : « Il n'y a pas de sens de l'évolution » », Olivier Postel-Vinay, Stephen Jay Gould, La Recherche.fr, nº 301, 1er septembre 1997 (lire en ligne)

L'histoire de la vie ressemble à un gigantesque élagage ne laissant survivre qu'un petit nombre de lignées, lesquelles peuvent ensuite subir une différenciation; mais elle ne ressemble pas à cette montée régulière de l'existence, de la complexité et de la diversité, comme on le raconte traditionnellement

  • La vie est belle (1989), Stephen Jay Gould, éd. Points, 1998 (ISBN 2.02.035239.7), p. 34 (note de bas de page)

Pour les spécialistes, l'évolution est une adaptation aux conditions changeantes de l'environnement et non pas un progrès.

  • La vie est belle, Stephen Jay Gould, éd. Points, 1998 (ISBN 2.02.035239.7), p. 34 (note de bas de page)

L'évolution de la vie à la surface de la planète est conforme au modèle du buisson touffu doté d'innombrables branches et continuellement élagué par le sinistre sécateur de l'extinction. Elle ne peut du tout être représentée par l'échelle d'une inévitable progrès.

  • La vie est belle (1989), Stephen Jay Gould, éd. Points, 1998 (ISBN 2.02.035239.7), p. 35


4_ Contingence

Des perspectives bien plus intéressantes peuvent s'ouvrir dés lors que nous choisissons une position située en dehors de la ligne de la dichotomie. (...) Chaque fois que l'on déroule le film de la vie, l'évolution prend une voie différente de celle que nous connaissons. (...). Mais la diversité des itinéraires possibles montre à l'évidence que les résultats finaux ne peuvent être prédit au départ. (...) Cette troisième alternative ne représente ni plus, ni moins que l'essence de l'histoire. Elle a pour nom contingence - et la contingence est une chose en soi, et non la combinaison du déterminisme et du hasard.

  • La vie est belle (1997), Stephen Jay Gould, éd. Points, 1998 (ISBN 2.02.035239.7), p. 56-57

La science a été longue à prendre en compte des explications de type historique - et les interprétations formulées jusqu'ici ont souffert de cette omission. Elle a aussi tendu à dénigrer l'histoire lorsqu'elle y a été confrontée, considérant toute invocation de la contingence comme moins élégantes basées directement sur des "lois de la nature" intemporelles.

  • La vie est belle (1989), Stephen Jay Gould, éd. Points, 1998 (ISBN 2.02.035239.7), p. 57


5_ Science

Selon le grand géologue Charles Lyell, une hypothèse scientifique, pour être à la fois élégante et passionnante, doit aller à l'encontre du bon sens.

  • Darwin et les grandes énigmes de la vie (1977), Stephen Jay Gould (trad. Daniel Lemoine), éd. Points, 2001 (ISBN 978-2.02.006980.9), chap. 14, p. 131

Il est certain que la science n'est pas exempte de tout reproche. Nous avons persécuté les dissidents, instauré un catéchisme et essayé d'exercer notre autorité dans le domaine de la morale, où elle ne peut se justifier. Pourtant, sans la science et le rationalisme, maintenus dans leur domaine, jamais les problèmes qui se posent à nous ne pourront être résolus. Mais les Yahoos n'abandonnent jamais.

  • Darwin et les grandes énigmes de la vie (1977), Stephen Jay Gould (trad. Daniel Lemoine), éd. Points, 1997 (ISBN 978-2.02.006980.9), partie 5, chap. 17, p. 156


Des faits nouveaux rassemblés dans le cadre d'une nouvelle théorie sont rarement le prélude à une réelle évolution de la pensée. Les faits ne « parlent pas d'eux-même » ; ils sont interprétés à la lumière de la théorie. La pensée créatrice, dans les sciences autant que dans les arts, est le moteur du changement. La science est une activité essentiellement humaine, non l'accumulation mécanique, automatique d'information objectives qui conduirait, grâce aux lois de la logique, à des conclusions inévitables.

  • Darwin et les grandes énigmes de la vie (1977), Stephen Jay Gould (trad. Daniel Lemoine), éd. Points, coll. « Sciences », 2001 (ISBN 978-2.02.006980.9), chap. 20, p. 173


Certaines vérités exigent parfois qu'on reste dans le droit chemin, mais les voies de la connaissance scientifique sont aussi tortueuses et complexes que l'esprit humain

  • Quand les poules auront des dents (1984), Stephen Jay Gould (trad. Daniel Lemoine), éd. Points, 1991 (ISBN 978-2.02.006980.9), chap. 7, p. 110

6_ Connaissance

Si nous nous contentons de voir dans le passé des héros servant nos desseins actuels, nous ne comprendrons jamais la richesse ni la pluralité des chemins de la connaissance.

  • Quand les poules auront des dents (1984), Stephen Jay Gould (trad. Daniel Lemoine), éd. Points, coll. « Sciences », 1991 (ISBN 978-2020069809), chap. 6, p. 105

Les gens parviennent à leurs conclusions au terme des chemins les plus étranges : de pures hypothèses inspirées d'un rêve se sont parfois avérées justes, alors que des conclusions obtenues avec rigueur au terme d'expériences menées de façon délibérée répétitive peuvent se révéler fausse.

  • Un hérisson dans la tempête, Stephen Jay Gould, éd. Grasset, 1994, p. 171

7_ Théorie et faits

... : à l'intention de ceux qui continuent à croire au mythe selon lequel la pure accumulation des faits est le préalable à la formulation solide d'une théorie solide, il me faut souligner que Darwin, au moment où il émit son idée lumineuse et correcte (la comparaison du rapport géographique avec le rapport temporel et l'évolution), a choisi de l'illustrer par un exemple qui s'est révélé complétement erroné !

  • Les pierres truquées de Marrakech, Stephen Jay Gould, éd. Seuil, 2002, chap. Un cancre rusé nommé Darwin, p. 212

... les belles (et puissantes) théories peuvent rarement être anéanties par "un seul vilain petit fait", comme le dit la célèbre formule de T.H.T Huxley - de même que les grandes idées ne devraient pas êtres réduites à néant de cette façon, dans ce monde où les faits sont tellement difficiles à débrouiller que ceux que l'ont dit avoir observés se révèlent bien souvent inexacts.

  • Les pierres truquées de Marrakech, Stephen Jay Gould, éd. Seuil, 2002, chap. Un cancre rusé nommé Darwin, p. 212-213

Les faits et les théories interagissent de manières très complexe, se renforçant souvent mutuellement.

  • Les pierres truquées de Marrakech, Stephen Jay Gould, éd. Seuil, 2002, chap. Un cancre rusé nommé Darwin, p. 213

Les théories qui ne sont soutenues par aucun fait peuvent éventuellement être creuses (et si elles sont impossibles à étayer, elles sont dépourvues de sens pour la science) : mais, sans théorie à mettre à l'épreuve, nous ne savons pas où porter notre regard.

  • Les pierres truquées de Marrakech, Stephen Jay Gould, éd. Seuil, 2002, chap. Un cancre rusé nommé Darwin, p. 213

Bitsakis

Eftýchios Bitsákis

La nature dans la pensée dialectique, 2001

... il y a des marxistes qui n'acceptent l'existence que de dialectiques concrètes, régionales dans les domaines spécifiques du réel. D'autres acceptent qu'une dialectique de l'histoire. Les uns et les autres n'acceptent pas la légitimité de la dialectique de la nature, et plus généralement du matérialisme dialectique, qu'ils considèrent comme une addition "idéologique" à la connaissance positive du marxisme : de la science marxiste, identifiée au matérialisme historique.
Nous avons signalé les objections contre ces idées.

  • La nature dans la pensée dialectique, Eftýchios Bitsákis, éd. L'Harmattan, 2001, p. 244

L'évolution de la connaissance n'est pas linéaire. Elle ne se réalise pas non plus de façon continue. Elle est le produit de contradictions qui naissent dans le processus même de la connaissance, et qui amènent à la formulation de concepts nouveaux et de nouvelles lois et théories.

  • La Nature dans la pensée dialectique, Eftichios Bitsakis, éd. L'Harmattan, 2001, p. 336