Regard scientifique

Schémas de la méthode et de la pensée scientifique 

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1_ regard, abstraction, imagination

« Selon Jacques Hadamard, l’imagination – au sens d’une pensée en image –, joue aussi un grand rôle dans l’invention mathématique. Souvent, un mathématicien « voit » une solution en imaginant un chemin nouveau qui conduit entre deux domaines des mathématiques jusque-là séparés. C’est ainsi que le théorème de Fermat fut découvert. La vision vient en premier, la démonstration suit. Ce n’est sans doute pas un hasard si le mot « théorème » renvoie, selon l’étymologie grecque, au mot « vision ». »

=> http://www.scienceshumaines.com/gaston-bachelard-u...

Imaginaire

Fiction

Europe


Abstraction et "imaginaire => concret pensée / théorie
Contemplation / Non agir
Méthode historique
Mesure a posteriori => évaluation au réel et représentation du réel
Science et Matérialisme dialectique

USA


Faits et fiction => concret mesuré => par la preuve
Application / Agir et on verra
Méthode a-théorique et a-historique
Mesure a priori => Catégorie étiquette => hiérarchie et statistique
Techno-science : Pragmatisme, matérialisme obtus

« Nos cousins d'outre-Atlantique ont trouvé, à défaut de souscrire à l'imaginaire et au symbolique, une parade face au réel : la fiction. Nous voilà maintenant prêts à discuter le "génie empirique" de l'Amérique que Jean Braudillard analysaient comme peut-être une révolution réussie, (où) :

« la fiction n'est pas l'imaginaire (...) au contraire de notre mouvement à nous (européen) qui est d'anticiper la réalité en l'imaginant ou de la fuir en l'idéalisant (...). Le mode de vie américain, lui, est spontanément fictionnel, puisqu'il est outrepassement de l'imaginaire dans la réalité. »

'Make believe ! I just do it !' Et l'on verra bien ! »

  •   Maurice Corcos (2015). Qui a peur des maladies mentale ? 10 bonnes raisons de se méfier du DSM-5 (p.28). Dunos.

Remarque :

Braudillard met en avant la pensée européenne hégémonique c'est à dire non dialectique. 

Or, la pensée dialectique lie le concret réel (origine de la fiction) et le concret pensée (origine de l'imaginaire) par l'abstraction (parties du tous <=> tous) qui permet le passage de l'abstrait aux concrets.

Entretien avec Henri Wallon

« Celui qui s'interdit d'imaginer ne découvre rien, il ne fait qu'ajouter quelques brins d'herbe à la pelouse. »

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« style scientifique de la pensée imagée »

par Alexandre Zinoviev

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« L'objet qui nous intéresse est étudié selon toutes les règles de la science, mais seulement dans la mesure où son travail est accessible à un chercheur solitaire. Quand aux résultats de ce travail, ils sont exposés sous une forme littéraire particulière.

L'œuvre littéraire comprend alors des morceaux théoriques qu'on attribue aux personnages du livre et qui servent en même temps à caractériser ces personnages.

Parfois la théorie est exposée d'une telle façon que toute prétention scientifique en est éliminée ou bien qu'elle est sciemment réduite. D'un autre côté, tous les moyens littéraires sont utilisés de manière à illustrer , à concrétiser les idées théoriques par des exemples clairs.

En même temps, l'unité de l'œuvre ne repose pas sur une succession d'événements décrits, liés entre eux, mais sur celle des idées scientifiques.

Dès lors, un des éléments indispensables de la forme littéraire servant à exprimer les résultats d'une recherche littéraire sera une fiction. Pourquoi en est-il ainsi ?

Eh bien, mais parce que dans le cas présent, la recherche scientifique ne peut absolument pas se passer de modèles abstraits, d'exemples hypothétiques, d'explication qui se fondent sur des situations imaginaires.

Mais si dans la science, ce sont là des formes et des moyens de l'abstraction scientifique, dans le genre littéraire que j'envisage, en revanche, ils prennent le caractère d'une fiction, ils deviennent procédés d'expression.

En sorte qu'il serait erroné de croire que toute les situations concrètes (du point de vue de la littérature traditionnelle) qu'on trouve dans les lives, seraient purement et simplement des choses que j'aurais vues et entendues et que je me serais contenté de noter.

Certes, je prêtais attention à tout ce qui se passait autour de moi.

Mais, le résultat de mes observations ne pouvait, en lui-même, constituer un fait littéraire. En réalité, toutes ces situations que je viens d'évoquer, je les ai inventées. Je les inventais même lorsqu'elles avaient, semble-il, leurs équivalents dans la vie courante.

Je ne faisais que m'appuyer sur ces équivalents du points de vue psychologique (encore ne s'agissait-il de certains cas), tandis que du point de vue de l'expression même, je réinventais y compris des faits tirés du passé.

En opérant par des méthodes scientifiques, je calculais littéralement des situations sociales et des types d'individus concevables. Parfois, c'est seulement 'a posteriori' que je découvrais une coïncidence entre mes inventions et des faits historiques ou des personnages réels.

Dans bien des cas, j'avais prédit des événements futurs, parfois comiques (comme par exemple, l'attribution du grade de maréchal à Brejnev, de même que le prix Lénine pour son oeuvre littéraire), parfois tragique (comme par exemple la mort d'un homme que beaucoup considèrent comme le prototype de mon "Chanteur" des "Hauteurs béantes" : A. Galitch).

Je crois qu'il n'y a rien là de paradoxal : en littérature , seule, la fiction est un moyen adéquat pour exprimer une vérité de la vie, non le respect pédant des faits historiques. Comme on dit, si vous n'inventez rien, on ne vous croira pas.

Je n'ai pas l'intention de recommander le style de pensée scientifique à tous les écrivains. D'abord, sa maîtrise est moins facile qu'on peut le croire.

Bien des personnes travaillent professionnellement pendant des dizaines d'années dans le domaine des sciences humaines sans que leur méthode de pensée n'en deviennent scientifique pour autant.

Ensuite son application n'est pas toujours heureuse. Il l'est seulement dans le cas où l'auteur touche à des problèmes sociaux importants ou s'efforce de décrire une société dans toute son unité et sa diversité interne : comme un tout organique.

Quoi qu'il en soit, c'est là mon style de pensée en tant qu'écrivain. il me semble que je suis le premier à l'avoir utilisé à une échelle aussi large et d'une façon pleinement consciente. Toutefois, si l'on me découvre des précurseurs (ce à quoi on s'emploie toujours dans ces cas là), je n'en serai nullement affecté.

Je dirai seulement que ce serait un argument de plus à l'appui de la thèse selon laquelle l'emploi de ce procédé serait naturel en littérature. »

  • Zinoviev, A (1979). A propos du genre du science-fiction. Bruxelle (XI) Extrait d'une intervention au congrès de science-fiction (1978). In Alexandre Zinoviev, Sans Illusion (p.25-27). L'âge d'homme.
  • On retrouve le texte complet sous une autre traduction in Univers 17

2_ théorie, théorème

21_ Théorème :

* CNRTL : http://www.cnrtl.fr/etymologie/th%C3%A9or%C3%A8me

Empr. au lat. d'époque impériale theorema « proposition », gr. θ ε ω ́ ρ η μ α « ce qu'on peut contempler; objet d'étude et de méditation », dér. de θ ε ω ρ ε ι ̃ ν « observer, contempler ».

* Wikitionnaire : https://fr.wiktionary.org/wiki/th%C3%A9or%C3%A8me

Du latin theorema issu du grec θεώρημα, theốrêma (« spectacle, fête, contemplation »), dérivé, avec le suffixe -μα, de θεωρέω, theôréô (« examiner, regarder, considérer »), de θέα, théa (« contemplation ») et ὁράω, horáô (« regarder, voir »)

22_ Théorie

* Mots clés : contemplation, regard, abstraction, connaissance

221_ Etymologie :

* CNRTL : http://www.cnrtl.fr/etymologie/th%C3%A9orie

Empr. au b. lat.theoria (et theorice) « la spéculation, la recherche spéculative », empr. au gr. θ ε ω ρ ι ́ α, de θ ε ω ρ ε ι ̃ ν « observer, contempler »; comme terme de philos., a remplacé théorique*.

* Wikitionnaire : https://fr.wiktionary.org/wiki/th%C3%A9orie

de θεωρέω, theoreo (« examiner, regarder, considérer »), de θεωρός, theoros (« spectateur ») lui-même de θέα, thea (« la vue ») et ὁράω, orao (« voir, regarder »).

* Remarques

Il semblerait que ce soit le latin (influencé par Platon ?) qui a donné une valeur péjorative à théorie : theoria (« spéculation »).

Cela a donné l'expression "en théorie !" comme si la théorie sortait du crâne de Jupiter et non de l'expérience.

Ce préjugé perdure jusqu'à aujourd'hui en science surtout dans les domaines de la mesure qui font de la mesure un a priori.

222_ Définition historique : http://www.cnrtl.fr/etymologie/th%C3%A9orie

* Scientifique :

1380 : « science qui traite de la contemplation » (Roques t. 2, no12386)

1587 : « ensemble d'idées, de concepts abstraits plus ou moins organisés, appliqués à un domaine particulier » (Cholières, Apres dinees, VIII, p. 307, Tricotel ds Gdf. Compl.);

1656 : « connaissance purement abstraite, indépendante des spéculations » dans la théorie ... dans la pratique (Pascal, Provinciales, Sixième lettre, éd. L. Lafuma, p. 397)

1610 : « construction intellectuelle, méthodique et organisée qui sert de base à une science et donne l'explication d'un grand nombre de faits » (P. Coton, Institution catholique, I, 745 ds R. Philol. fr. t. 43, p. 133)

* Idéologique :

1636 milit. « principe de manœuvre »

1765 « ensemble d'opinions systématisées que l'on soutient dans tel ou tel domaine particulier »

=> Dans ce cadre la théorie rejoint la Mètis (La ruse/l'habilité d'Ulysse) honnis par Platon et Aristote (cf Yves Richez : https://www.facebook.com/sebastien.lemoine.311/pos... => stratégie

3_ La construction du schémas expliquée

La mise en lien des termes de mon schémas est issue de mon expérience dont en science mais aussi du renforcement de la connaissance par des auteurs qui m'ont apporté le vocabulaire :

  • Gould, Zinoviev, Marx : pour mon appréhension de Théorie, praxis, science, abstraction
  •  Alexandre Zinoviev : Sphère et cellule, jugement logique
  •  Yves Richez : regardé et expérience différent à expérimentation, évaluation
  •  Emile Jalley : Concret pensé, abstrait, concret réel issu de Descartes, Hegel, Marx
  •  Platon, Locke, Frank Ramus : dans mon opposition à l'idéologie hégémonique sur la mesure a priori et de ses aprioris, et dans ma défense de la mesure a posteriori en science (Wallon, Gould) : technique, observation et expérimentation
  •  Alain Berthoz : Simplexification de symplexité comme un processus d'abstraction (partie du tout/cellule <=> tout/sphère)
  •  Sébastien Lemoine : contemplation, symbole, savoir construit, application (inspiré du numérique), modélisation, représentation => au petit bonheur la chance ou plutôt selon un bon sens tout de même pensé et extrait de mes expériences bien que très peu nombreuses selon moi. Et, pourtant, ça tourne !

On y voit comment il y a pu avoir opposition entre le champ de la contemplation et le champ de la mesure. Ces champs forment deux sphères différentes et indépendante. Or, cette indépendance n'est qu'apparente. On n'a voulu séparer ces deux sphères en niant leur relation dialectique.

C'est cette incompréhension des luttes qui génèrent les amalgames entre les sciences de la contemplation et les sciences de la mesure.

La pensée scientifique avec sa mise en lumière de la dialectique conduit à abolir les antagonistes, et à construire un lieu commun entre contemplation et mesure.

Mais, encore aujourd'hui d'autant plus avec la révolution numérique - émergeant avec la théorie de l'information et la cybernétique dans les années 50 - on a tendance à privilégier la mesure de manière a priori au détriment de la contemplation. On retombe dans les travers régressifs de chaque révolution technique à cause du rejet de l'histoire par la technologie.